Argento, Dario. 1977. Suspiria

Posté le 16/12/2009 par Senhal

 

Affiche de Suspiria

Affiche de Suspiria

Suspiria est un film dont on ne peut ressortir sans impression. La musique, les décors, l’ambiance vous auront parus insupportables, dérangeants, du pire mauvais goût ou parfaitement congrus. C’était mon baptême du feu, mon premier Dario. J’ai pu le voir sur grand écran, dans sa version remasterised, à l’Institut Lumière. Celui-ci propose, tous les deux mois, des soirées films d’horreur : il s’agit des incontournables Epouvantables Vendredis. Projetés dans une ambiance soignée, soutenue par des décors d’horreur, de la musique et des déguisements, ces séances rendent magnifiquement hommage au temps où les films de monstres se regardaient dans des lieux aux allures foraines de maisons hantées.

Une jeune danseuse, Suzy, débarque lors d’une nuit d’averse, devant la porte d’un institut pour futures professionnelles, mais la personne à l’interphone refuse de lui ouvrir. Une fille sort en trombe, prononçant deux mots incompréhensibles, puis s’enfuit follement à travers les bois voisins.

Le lendemain, Suzy est enfin accueillie avec bienséance et apprend que la jeune fille en fuite de la veille a été atrocement assassinée. Le spectateur a vu le meurtre, une scène choc, d’une beauté kaléidoscopique, au sang aussi vif que peuvent l’être les couleurs de l’institut.

Tout est anormalement coloré, criard, au point d’être discordant… tout comme la bande-son. Le rouge est omniprésent, saturé, s’étale sur une grande partie des murs, trop grands, disproportionnés. Des détails du décor nous dirigent vers l’Art Nouveau, notamment via les vitraux de la première scène de crime et dans la salle aux fleurs (fresque en trompe l’œil à la Escher), où les sorcières sont figurées par des reproductions de Mucha. D’autres scènes, comme celle de la piscine, nous plongent dans un décor grandiose, baroque et satanique alors que le meurtre de l’aveugle nous démontre que le noir et blanc d’antiques portes de temples grecs peut paraître tout aussi agressif et oppressant que l’Art Nouveau et la lourdeur du baroque.

Tous ces essais de décors et de sons (la musique du groupe Gobelin) sont intéressants car c’est une manière de jouer avec les nerfs du spectateur autant que la tentative de tirer le film vers l’art, vers une beauté cruelle et grandiose.

J’ai apprécié l’esthétique et l’originalité de ce film, premier d’une trilogie qui s’achèvera 30 ans plus tard, en 2007, avec Asia Argento elle-même dans un rôle-titre.

J’ai apprécié, encore, cette héroïne de caractère, dégourdie même lorsqu’elle est transie de peur. Physiquement fragile mais très éloignée de la fille de film d’horreur enlevée par le monstre…

Quant à la sorcière, elle est proprement effrayante. N’apparaissant réellement qu’à la fin, son ombre plane sur tout le film, c’est le cas de le dire, surtout la nuit suivant la scène des asticots. De la bonne vieille sorcière traditionnelle, moche et coupable du meurtre de nombreuses jeunes filles. Son pouvoir semble grand et c’est elle qui maintient celui des autres plus jeunes sorcières qui sont de simples avatars impuissants. Elle est la source du pouvoir. Les écritures en différents caractères dans le couloir qui permet d’accéder au sanctuaire semblent indiquer que le pouvoir de la sorcière a une source de nature ésotérique : plus que de traditionnelle sorcellerie à potions et imprécations, il semble s’agir de magie érudite.

Le bâtiment est détruit en même temps que la sorcière, indiquant que les deux étaient intimement liés.

La nature de sorcière de la monstrueuse femme est parfaitement objectivée par le personnage principal puisqu’il s’agit d’une sorcière historiquement connue. La plupart des gens prennent cette histoire pour du folklore, mais elle reçoit toutefois l’aval d’un scientifique apparaissant de manière un peu impromptue dans le film. Si l’on voit peu la sorcière (moins on aperçoit le monstre, meilleur est le film horrifique), ce qu’elle est, est en revanche franchement expliqué, alors même que le spectateur aurait pu se contenter de ses suspicions.

Pour l’anecdote, Dario Argento dit s’être inspiré des Suspiria de De Quincy, mais il s’agit, pour avoir ces textes dans ma bibliothèque, d’une inspiration succincte, dont on ne retrouvera que le concept des trois mères des larmes ainsi peut-être que l’aspect halluciné des rêves du « mangeur d’opium ».

Meurtre

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Fresque

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Vers l'affrontement final...

Vers l'affrontement final...

Une réponse to “Argento, Dario. 1977. Suspiria”

  1. Piehr Says:

    Quelle perfection esthétique ce film !
    Un sacré bon souvenir :)

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