Blomberg, Erik. 1952. Le Renne blanc

Posté le 12/12/2011 par Senhal
Le Renne blanc

Le Renne blanc est réedité chez Artus films

Le Renne blanc résulte de la volonté du cinéaste d’adapter une histoire traditionnelle lapone.

Une jeune femme orpheline douée, à son insu, de pouvoirs magiques, épouse Aslak, un chasseur de rennes. Se sentant délaissée par son mari souvent absent ou fatigué, elle consulte un sorcier qui lui prescrit un sacrifice au Dieu de Pierre, afin de jouir pleinement de son pouvoir de femme.

Une nuit, Pirita immole un petit renne blanc offert par Aslak. Aussitôt, s’éveillent en elle les puissances endormies. Ensorcelée, elle se mue la nuit en renne blanc, attirant un a un les chasseurs, qu’elle égorge dans une étreinte vampirale.

Malgré une direction d’acteurs un peu maladroite et l’ancienneté de l’œuvre, c’est un film très agréable à visionner, grâce à la belle photographie d’une histoire prenant pied dans un décor enneigé et au charme horrifique d’un conte traditionnel exotique.

 

La sorcière dans le chamanisme

En effet, les codes folkloriques de ce conte ne nous sont pas familiers.

Cet univers sorcellaire est d’ampleur chamanique. Le monde matériel se réduit à assez peu de choses pour les habitants : la neige, les rennes qui sont d’une importance primordiale pour la vie (chair, vêtements), le village qui est une communauté restreinte. Tout sentiment de surnaturel se place bien sûr dans le renne, qui est tout dans ce petit monde.

Toutefois, on apprend lors d’une cérémonie de mariage que la population est d’obédience chrétienne, ce qui permet une autre lecture. Pirita, qui cherche à séduire, déclenche le mal caché en elle. La tentatrice et le tenté sont punis. Alors qu’elle voulait attirer pour être aimée, son amour est maudit et ne peut se traduire que par un baiser mortel.

Titre finlandais Valkoinen Peura

En version finnoise, le titre est Valkoinen Peura.

Sous un autre angle, on pourrait dire qu’il y a toujours un côté pile et un côté face ; tel dieu qui donne la vie donne aussi la mort. Ce n’est plus la notion de péché mais de balance, le fameux contrecoup des vœux exaucés.

D’autre part, la sorcière se transforme en animal, ce phénomène appartient à la vie spirituelle chamanique ; les habitants savent très bien de quoi il retourne, même s’ils ne sont pas capables de détecter qui, dans la communauté, est le renne blanc aux crocs pointus. En Europe, la sorcière se transformerait peut-être en chat, pour montrer qu’elle est d’accointance avec le Malin. Ici, je ne sais pas ce que peut représenter le renne blanc. L’homme-animal est un nagual (pour l’Amérindien), un lycanthrope. Tous les hommes ont un double animal, mais seuls les sorciers (les chamanes) peuvent se métamorphoser en lui 1.

 

La sorcière victime et bourreau

Malheureusement, si elle est sorcière, Pirita en est d’abord inconsciente et l’apprendra par déduction.

Cette femme ne maîtrise donc pas son pouvoir, qui est une malédiction. Le charme est lié à la lune, qui provoque la transformation nocturne de Pirita en renne blanc, qui face au chasseur, redevient femme, mais munie de crocs. Sous cette forme, la sorcière est proie et prédateur, chassée chassant. Attention, les belles femmes sont dangereuses ! Bref, ce personnage porte un double visage, reflètant bien l’histoire de la sorcière dans la fiction, parfois méchante, parfois innocente victime.

Dans ce film, il y a également un homme qui pratique la sorcellerie. Quand Pirita lui rend visite, on voit qu’il subit un ostracisme géographique , qu’il est alcoolique et handicapé (ses jambes semblent avoir été amputées). D’autre part, si jamais il est un vrai sorcier, rien ne vient le prouver, alors que Pirita fait preuve avec le tambour et l’osselet du sorcier, d’un don pour la télékinésie. En tout cas, ce personnage vient prouver la présence dans le village d’une sorcellerie chamanique socialement structurante.

Bref, voilà une sorcière dans une représentation assez inhabituelle et passionnante, une étrangeté à découvrir.

Vous pourrez lire chez mon confrère un avis sur ce film d’un point de vue « vampire ».

 

tambour du chamane

Le tambour du sorcier du village sur lequel Pirita exerce son don de télékinésie.

cimetière de rennes

Sur l'autel du Dieu de Pierre ont eu lieu bien des sacrifices de rennes.

Les crocs de la sorcière

Par moments, le film révèle son versant horrifique. On croirait cette capture issue d'une scène d'un film de la Hammer.

Oups ! J'ai tué ma femme.

Tout vampire qui se respecte (ne scintillant pas au soleil) finit avec un pieu dans le coeur :-)

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Notes:

  1. Cf Pierre Riffard, Esotérismes d’ailleurs, Robert Laffont, « Bouquins »

2 Réponses to “Blomberg, Erik. 1952. Le Renne blanc”

  1. A D Says:

    Bonjour Senhal,

    Et oui, les belles femmes sont dangereuses…
    Si tu peux regarder féline avec nastassia kinsky, tu devrais apprécier l’ambiance…

    Bientôt peut-être la suite de mon premier roman….
    Peut-être y trouveras tu la raison d’une si longue absence…

    AZ.

  2. Senhal Says:

    Bonjour AZ…,

    Belle référence en effet, même si je préfère l’ancienne : http://www.heksen.fr/tourneur-jacques-la-feline :-)

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