Les Enfants de Walpurgis. Sorcières et Sortilèges

Posté le 04/12/2011 par Senhal
Sorcières et Sortilèges, par le collectif d'auteurs Les Enfants de Walpurgis

Sorcières et Sortilèges, par le collectif d'auteurs Les Enfants de Walpurgis

Quelques jeunes auteurs du domaine de l’imaginaire se réunissent ici en un collectif se donnant pour objectif de publier une série de recueils de nouvelles liées par un thème unique.

C’est la figure de la sorcière, dans son spectre le plus étendu, qui charpente Sorcières et Sortilèges.

Attardons-nous d’abord sur la préface de Peggy Van Peteghem. Bien écrite, elle évoque la multitude de la sorcière aux mille visages, continuant d’évoluer dans notre contemporanéité. Diversité que l’on retrouve dans les textes qui suivent, mais à propos de linéarité temporelle, je dois avouer une petite frustration. Cependant, peut-être n’y a-t-il pas d’auteur, dans le Collectif, sensible aux charmes de l’anticipation, du futurisme, des sorcières vertes de planètes des galaxies éloignées. La grande amatrice de SF que je suis espérait, mais soit !

 

Avec « La Demoiselle d’Oakwood », nous entrons de plain-pied dans les prémices du XVIIeme siècle, heure des Inquisiteurs et des bûchers, sort que connaissent bien les jolies jeunes filles accusées de faire cailler le lait. Dans ce petit conte fantastique, la vraie sorcière est une Clarimonde, aussi pure en amour que l’était la belle morte amoureuse de Théophile Gautier. De telles histoire ne s’extorquent jamais une fin joyeuse et c’est aussi leur beauté. La sorcière est une créature surnaturelle, l’élément surréel qui jaillit sans explication autre que soi.

« Sorceress’ Buisiness » trempe par contraste sa plume dans l’encre de la modernité, la pratiquante en sorcellerie étant à la tête d’une opulente entreprise louant les services d‘escort boys. Le sortilège employé est de nature invocatrice, le pouvoir s’exerçant par commerce avec les démons. Il s’obtient toutefois par le truchement d’un don héréditaire et éventuellement d’un grimoire. Un texte malicieux à la trame classique.

J’ai trouvé dans « Un Deuil pour une vengeance » quelques traces d’un amour pour les histoires lovecraftiennes ; j’ai adoré suivre le héros dans l’auberge de l’Entre-deux mondes. Pourtant, on est dans une trame fantastique plus classique par bien des côtés. Surtout, ce qui est intéressant, c’est le personnage de la sorcière : en harmonie avec la nature, elle possède aussi quelques inquiétantes caractéristiques dont on ne saura pas tout et semble être une entité non humaine.

La sorcière revêt une image trompeuse, toute d’innocence, dans « Jeux d’enfants »où elle est pleinement complice du Diable et maîtresse empoisonneuse, capable, par des potions, de manipuler les volontés. Elle a aussi la caractéristique de ne pas sembler appartenir à l’humanité ; c’est d’ailleurs la première sorcière franchement méchante du recueil.

Même si « Mille et Une senteurs » est écrit d’un style parfois améliorable, c’est une histoire qui m’a laissée sur ma faim : j’aurais voulu une suite. D’autres pourraient juger que c’est un défaut de construction que de laisser le lecteur sur ses dents… à vous de voir ! Il s’agit ici d’un texte de fantasy rendant compte des premiers instants de formation d’une sorcière.

« Le Forteresse de Nihlm » est un texte un peu à part du recueil, dans la mesure où la sorcière n’est pas vraiment définie comme telle. Elle serait plutôt l’écho d’une Magicienne comme Circée, entité maléfique souillant le bonheur de la cité où elle habite, elle tombe malgré tout amoureuse d’un héros (qui malheureusement pour lui n’a rien d’Ulysse sinon le bâteau où il s’éveille) qu’elle tente par tous les moyens de s’attacher. Comme souvent, la femme maudite sait mieux offrir le baiser de la mort que de l’amour.

« Le Miroir au fond du puits » est une excellente nouvelle d’urban fantasy exploitant la sorcellerie vaudouisante. Dans la communauté de cette histoire, le pouvoir appartient aussi bien aux sorciers qu’aux sorcières, de manière tout à fait équitable. La timide jeune héroïne connaissant même un type d’empowerment aux vertus virilisantes ! Tout à fait intéressant.

« Cœur de cristal », texte facile mais agréable, met en scène une jeune sorcière bien naïve. La pratique sorcellaire y est féminine, le pouvoir s’y transmettant de mère en fille.

Revêtant « Le Mystérieux chat du moulin » d’atours de conte de fées, c’est pourtant une sombre histoire dans laquelle vous vous trouverez plongé. Un petit conte au goût de folklore.

Au total, dans un style qui se tient, chaque auteur remplit le contrat de la thématique et le recueil celui de la variété. Quelques textes sont plus inspirés que d’autres mais le tout vaut tout à fait le détour. Je ne l’ai pas dit plus haut, pour ne pas dire plus qu’il n’en faut, mais deux des auteurs choisissent de faire de leur sorcière une femme féline, une cat-people, ce que je trouve assez intéressant. C’est à la fois une donnée faisant remonter le pouvoir de la sorcière à quelque chose d’assez primitif et aussi une vision symbolique de la femme.

Comme il achevait ces mots, une cloche fit entendre les sons de l’angelus ; aussitôt toute la troupe poussa des hurlements affreux, le diable prit une forme horrible qui me glaça d’effroi, cette femme qui m’avait paru si belle, devint une vilaine chatte noire (…)

Charles Nodier, « Fête nocturne, ou assemblée de sorciers », in Infernaliana,

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire