Planté, Christine (dir.). Sorcières et Sorcelleries

Posté le 07/04/2010 par Senhal

Sorcières et Sorcellerie, Presses Universitaires de Lyon

Sous la direction de Christine Planté, des chercheurs de plusieurs domaines de compétence qui se sont réunis lors d’une journée d’étude sur le thème de l’association de la sorcellerie et du féminin voient leurs interventions réunies dans ce petit volume de 130 pages, somme toute accessible à la faune des lecteurs néophytes curieux.

En bonus, le dernier article de l’ouvrage est écrit de la plume de la grande spécialiste ès sorcières Jeanne Favret-Saada. Il vient se juxtaposer à une série d’articles plus courts qui partent du plus loin dans le passé pour aboutir à des thèmes plus contemporains. Comme de juste, dans son texte à portée ethnologique Le Désorcèlement comme thérapie, elle dénonce une anthropologie qui parle de la sorcière au passé, avant de nous exposer le passionnant cas du désorcèlement dans une région bocagère du Sud-Ouest de la France (dont elle a été témoin). Dans les grandes lignes, une ferme se dit ensorcelée quand son exploitation (y-compris sa famille) subit des pertes (ventes, maladie, stérilité…). Elle va alors voir le désorceleur (qui est un homme ou une femme) qui va identifier le ou les sorciers qui ont jeté le sort en analysant les dires de la famille (la ferme est toujours occupée par une famille nucléaire). Les seuls actants dans la magie sont sans doute alors le désorceleur et la famille (qui devra appliquer chaque jour les remèdes dictés par ce dernier). Quant au sorcier supposé, au mieux on l’ignore, au pire on lui « sale le cul ». Seuls sont interrogeables (et existants ?) les ensorcelés et le désorceleur, qui a un rôle de thérapeute auprès de ces derniers, comme l’analyse Favret-Saada.

Je dirai maintenant quelques mots sur chacun des articles, dans l’ordre :

Dans L’élaboration d’un discours misogyne dans les premiers textes sur le Sabbat, l’auteur s’attèle à comprendre en quoi

  • « Rapport sur la chasse menée au sorciers et aux sorcières etc. »  (Hans Fründ, 1430)
  • Formicarus (Jean Nider, 1436-1438)
  • Errores Gazariorum ou ceux qui croient chevaucher sur un balai ou un bâton (anonyme, 1436-1437)
  • Ut magorum et maleficiorum errores (Claude Tholosan, 1436)
  • et Le Champion des Dames (Martin le Franc, 1440)

contiennent en eux les germes d’une chasse aux sorcières plutôt qu’aux sorciers. On notera au passage un rappel intéressant sur l’origine du balai de la sorcière, qui est une référence au vol de le déesse Diane ou strige Holda.

Dans l’article Heur et malheur de n’être plus un homme dans Le Marteau des sorcières, l’auteur démontre l’incohérence d’Institoris et Sprenger (les auteurs du Marteau) de manière parfois très savoureuse, leur faisant conclure qu’il vaut mieux être un homme castré par un ange qu’un homme castré par une sorcière. On appréciera aussi les passages cités des pénis gesticulant dans des nids d’oiseau et se nourrissant d’avoine.

L’article suivant parle de l’oeil naturaliste de Jean Wier, contemporain de Bodin, démonologue qui ne l’apprécia guère. L’idée de Wier était que la sorcière était avant tout une mélancolique (on parlera plus tard d’hystérie) et qu’il n’y avait que les empoisonneuses de condamnables.

Figures de sorcières : mythes et individualité essaye de dessiner la sorcière-femme derrière la sorcière-mythe à laquelle on voulait la faire correspondre, dans les principaux traités de sorcellerie.

Le Succube de Balzac, divertissement drôlatique ou archéologie d’une fabrication discursive est une présentation de cette longue nouvelle et une relecture de sa narration, à travers laquelle on se demande si l’héroïne est ou non coupable de sorcellerie et ce que les narrateurs veulent que le lecteur pensent à ce sujet.

L’article suivant est pour moi très intéressant, puisque, déjà, j’y apprends l’existence de la revue Sorcières. Cette revue est née au lendemain de la légalisation de l’avortement et sert de support à l’expression de féminités à inventer. C’est l’initiatrice de la revue elle-même qui s’exprime ici.

Sorcières n°9 (il y a eu une vingtaine de numéros), sur le thème du sang (il s'agit d'une revue à thèmes)

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