Pratchett, Terry. La Huitième Fille

Posté le 01/04/2010 par Senhal
Les Sorcières du Disque-Monde

Ce recueil, paru chez l'Atalante, regroupe trois aventures dans lesquelles les personnages principaux sont des sorcières

A l’attention de ceux qui ne connaîtraient pas encore (ça existe ?) : Les Annales du Disque-monde sont une série de livres chroniquant les Faits et Gestes des habitants turbulents du Disque-Monde. Ce dernier, plat, voyage dans l’univers à dos d’éléphant, sur une tortue.

Plusieurs des aventures ont pour personnage principal une des sorcières, voire le trio au complet. La Huitième fille, troisième volume des Annales, raconte les péripéties de Maîtresse Esméralda Ciredutemps, plus couramment dite « Mémé Ciredutemps » ou « Esmé ». S’il y avait un principe de hiérarchie chez les sorcières, Mémé Ciredutemps serait plutôt en-haut. Mais il n’y a pas de hiérarchie chez les sorcières.

L’un des regrets d’Esmé, c’est d’avoir des dents en bonne santé, aucune verrue et une ligne parfaite. En fait, elle ne serait pas une sorcière qu’on pourrait la trouver, sinon belle, tout à fait convenable. Pour avoir l’air d’une sorcière, elle s’affuble de tout un tas de vieux habits noirs et d’un bon vieux chapeau pointu, car l’apparence, chez une sorcière, ça compte et c’est même la moitié du boulot d’une sorcière.

Car les sorcières du Disque, principalement venues au monde dans les montagnes du Bélier, où se concentre une bonne part de la magie, sont l’image même de la sorcière de campagne, nez crochu, verrues, culotte pas propre et compagnie, en plus drôles quand-même et avec, nous le verrons dans d’autres volumes, de sensibles variations. Leur rôle principal est d’accoucher les femmes du village et de donner des remèdes aux maladies et tracas quotidiens, qui fonctionnent parce que les sorcières persuadent les gens d’y croire. Une science que Mémé appelle la « têtologie ».

Sur le Disque-Monde, quand le huitième fils d’un huitième fils vient à naître, son destin est de devenir mage : un mage qui se sait sur le point de mourir lui transmet alors ses pouvoirs. Imaginez maintenant que ledit mage n’ai plus que 6 minutes à vivre et ne prenne pas le temps de vérifier le sexe de l’enfant avant de lui remettre ses pouvoirs… hé bien alors, la question se pose de savoir si l’enfant est un mage ou une sorcière.

Question fondamentale s’il en est : finalement, c’est quoi, la différence entre une magicienne et une sorcière ? Et puis, il n’y a jamais eu de sorcière homme et encore moins de mage femme… comme le dit si bien Mémé, qui au passage nous offre la première définition de « la sorcière » référencée sur ce blog :

« Ecoute-moi bien, Gordo Lefèvre ! dit-elle. Les mages femmes, c’est pas normal (…) ! C’est pas la bonne magie pour les femmes, la magie de mage, c’est que livres étoile et jométrie. Elle comprendra jamais. On a jamais entendu parler de mage femme !

— Y a bien des sorcières, objecta le forgeron d’une voix hésitante. Et aussi des enchanteresses, à ce qu’on m’a dit.
— Les sorcières, ç’a rien à voir, lui jeta Mémé Ciredutemps. Elles pratiquent une magie de la terre, pas du ciel ; et les hommes, ils ont pas le coup pour ça. » (cf. p. 17)

Et voilà à quoi ça se résume : il y a un ordre du monde et chacun sa place, que chacun s’applique à garder soigneusement : les sorcières en évitant d’avoir l’air de savoir lire et les mages en négligeant le bas monde matérialiste.

Bref, la petite Eskarina grandit et Esméralda espère faire d’elle une sorcière, vu qu’une mage « c’est pas possib' », mais l’enfant s’impatiente et le lecteur aussi se demande si les sorcières sont capable d’autres tours de magie que la « têtologie » et la connaissance des plantes. Il devient bientôt évident pour Mémé que les capacités d’Eskarina correspondent beaucoup plus à la magie de mage qu’à la magie de sorcière et c’est pourquoi elle accompagne bientôt l’enfant à l’Université de l’Invisible, école des mages et laboratoire de recherche.

Cela donnera l’occasion d’un duel de magie entre Biseauté, archichancelier à l’Université et Mémé Ciredutemps, sorcière de haut-rang si les sorcières avaient eu une hiérarchie. Le résultat, je vous le laisse lire…

La Huitième fille est le troisième volume des Annales du Disque-Monde et aussi le premier de la « sous-série » sur les sorcières. Je suis un juge impartial, car Esmé est mon personnage préféré, elle et la Mort, mais c’est un des opus que j’ai trouvé le meilleur, avec Les Trois Soeurcières.

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