Pratchett, Terry. Trois Soeurcières

Posté le 02/04/2010 par Senhal
Les Sorcières du Disque-Monde

Ce recueil, paru chez l'Atalante, regroupe trois aventure dans lesquelles les personnages principaux sont des sorcières

Tout commence par le meilleur prologue disquien que je me rappelle jamais avoir lu. C’était aussi le tout premier de mes Pratchett, emprunté dans la petite bibliothèque municipale de ma ville à l’époque, un Atalante, évidemment.

Un opus placé sous la houlette shakespearienne : quelques pièces classiques y sont en effet éhontément torturées, à commencer par le prologue, disais-je où l’on croit revisiter les premières lignes de Macbeth… avant que les personnages commencent à s’exprimer : la légendaire mauvaise humeur de Mémé Ciredutemps, qu’on connaît depuis La huitième fille, l’hésitante Magrat et la grossière et enjouée Nounou Ogg.

Plus tard dans le récit -vraiment un bon Pratchett, sous ses airs farfelus- une scène vient se placer en miroir avec cet incipit, une mise en abîme disjonctée où le théâtre et donc l’écriture dans l’écriture, hébergera finalement de véritables sorcières et placera le réel dans la bouche d’acteurs.

L’autre principale pièce phagocytée est, on s’en rend aussitôt compte, Hamlet et son assassin rongé par le remords et une véritable folie… que porte également le fou de Lancre, par métier celui-ci, toutefois. Forts de ces quelques indices, on peut un peu comprendre ce qui risque de se passer, même si les événements, sur le Disque-Monde, ont leur façon bien spéciale de se dérouler.

Un récit savoureux et foudingue.

Deux nouvelles sorcières nous sont donc présentées, dans ce deuxième volume de la sous-série des sorcières : Magrat Goussedail et Gytha Ogg. Cette dernière est à peu près l’opposé d’Esmé : elle est bonne vivante, n’a plus qu’une dent, chante des chansons paillardes (une en particulier, impliquant un hérisson), possède une grande famille dont elle est la matriarche et dont les nombreuses brus dont elle oublie les prénoms accomplissent ses tâches ménagères. Elle est, de plus, la mère de Jason, maître forgeron, métier fort respecté parmi la région des Monts du Bélier. Gredin est son familier, un abominable matou borgne capable de faire fuir une meute de loups. Le fait d’avoir une famille nombreuse la rend sorcière moins traditionnelle que Mémé Ciredutemps, mais on n’a pas moins peur d’elle au village et loin autour.

Magrat, quant à elle, est une jeune sorcière, même si elle semble avoir eu la même préceptrice que ses deux aînées. Rien n’est très formalisé et il semblerait qu’elle reste, pour les deux plus âgées, l’éternelle impétrante, jeune, indécise, maladroite et timide (comble, pour une sorcière). Magrat est intéressante (et drôle) car elle pratique une magie pleine d’ornements, de colifichets (lourds bracelets métalliques, poignards tellement gravés de runes que leurs manches est prêt à se briser), de rituels (c’est son idée de faire un convent), de croyances et d’intentions béatement positives. Bref, on a affaire, convenons-en, à une gentille caricature de sorcière wicca. Au fond, ce qu’il y a, c’est que Magrat tient beaucoup moins du personnage de légende qu’une Mémé Ciredutemps ; elle représente un malêtre plus humain, plus contemporain dans son expression. On la verra même lire des livres sur diverses spiritualités et vouloir donner des cours d’auto-défense, dans un autre tome.

Si Magrat est une sorcière, elle n’en est pas moins une jeune fille, malgré les apparences (cheveux extrêmement rebelles, absence de toute forme féminine), ce qui a des conséquences inévitables sur l’intrigue, dues à ce qui arrive inéluctablement et universellement aux jeunes filles en fleur.

Un excellent opus où s’accroît le panthéon des personnages de sorcières sur le Disque-Monde, âmes féroces chacune à sa manière.

Johann Heinrich Füssli, Macbeth et Banquo en compagnie des trois sorcières sur la lande. (source : wikipedia)

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