Romero, George A. 1972. Season of The Witch

Posté le 17/11/2011 par Senhal
Season of The Witch, Romero

On trouvera ce DVD édité par Wild Side à un prix attractif dans la collection Les Introuvables de la Fnac

Ce film s’appelle alternativement Hungry Wives.

Il se construit autour d’une femme au foyer, Joan Mitchell, délaissée par son mari et perdue dans le lien compliqué qu’elle entretient avec sa fille adolescente, qu’elle pense sans doute devoir aimer, mais dont la jeunesse la renvoie à sa propre vieillesse et à la peur de la mort. Quand l’actrice s’observe dans le miroir et s’y reflète plus âgée qu’elle ne l’est, il est tentant d’y voir un renvoi à la méchante sorcière de Blanche Neige.

C’est en accompagnant son amie chez une voyante/sorcière, qu’elle tombe sur un livre, qu’elle conserve tout le long du film. Celui-ci lui enseigne la manière de s’initier aux arts sorcellaires. Il est vrai que la sorcière des fictions populaires d’aujourd’hui sait lire, et fait souvent son apprentissage dans un grimoire ou assimilé. Le grimoire est-il à voir comme un attribut purement féminin, un livre de recettes de bonnes femmes, ou rapproche-t-il la sorcière des érudits alchimistes ? Je penche ici pour la première option.

Poursuivie pas ses névroses (cristallisées par les entretiens avec son psy), principalement dans ses rêves , que le réalisateur a montés en séquences non différenciées de la réalité, Joan cherche une porte de sortie à travers la sorcellerie.

Rapidement persuadée de l’existence des effets produits par ses sorts (rien ne le prouve aux yeux du spectateur), elle finit par s’effrayer de ce qu’elle s’imagine devoir payer en contrepartie et fait des rêves démentiels où elle doit se défendre contre un homme portant un masque de démon.

C’est ainsi qu’elle tue son mari, pour de vrai, un meurtre absurde.

A cette occasion, on a le droit à un flashback qui nous montre la cérémonie d’accueil de l’impétrante Joan dans un groupe de sorcières, dans une ambiance très wicca (d’ailleurs, toute l’esthétique du film est à fond seventies). Ce groupe ne semble pas comporter de jeunes filles mais plutôt des femmes de l’âge de Joan. C’est-à-dire, des femmes au foyer, des mères.

Dans la scène finale, (un peu difficile à interpréter, peut-être), sous forme d’épilogue, on voit apparaître Joan lors d’une soirée, dans un attirail de sorcière, invitée par son amie comme curiosité. Cela rejoint la scène du début, où la même amie parlait d’une sorcière, celle qui plus tard avait initié Joan.

Je crois que l’on peut facilement être tenté de dire que derrière le film fantastique-psycho et hommage à diverses œuvres du genre et avant tout Rosemary’s Baby, transparaît un discours féministe.

Personnellement, je vois le vieux discours à propos de la femme hystérique. Lors d’une scène particulièrement marquante impliquant un faux joint de marijuana, l’amant de la fille de Joan tente de prouver que la sorcellerie est œuvre de suggestion et que l’on voit ce qu’on croit. On devine aisément que c’est également le point de vue du réalisateur, puisqu’il invite le spectateur à comprendre que Joan délire plutôt que de laisser la question en suspens.

C’est une perception très traditionnelle de la sorcellerie, que Benjamin Christensen dénonçait déjà en 1923 dans son film Haxan, la sorcellerie à travers les âges, mais aussi une vision à l’inverse du féminisme, ce dont on se convaincra en lisant par exemple De la domination masculine de Pierre Bourdieu.

D’un autre côté, on peut interpréter comme une dénonciation de la domination masculine le fait de donner à voir une femme dont le psychisme est déréglé par son besoin de plaire et la domination de son mari. L’épilogue est alors à voir comme la passation du pouvoir (celui de se libérer), en enseignant la sorcellerie.

En tous les cas, j’ai passé un très bon moment avec ce film, au décor soigné et à l’originalité inattaquable, un des très bons Roméro.

 

Hungry Wives scène du miroir

L'héroïne a une image vieillie, erronée, d'elle-même

 

Poupée objet du décor de Hungry Wives

Un élément inquiétant du décor apparaissant à plusieurs reprises.

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